Etude Forum Vies Mobiles: Confinement, mobilité et modes de vie des Français

Paris, le 23 avril 2020 – Le confinement des Français, imposé à partir du 17 mars 2020 pour lutter contre la propagation rapide du Covid-19, est passé par une restriction de leurs libertés inédite en temps de paix, et au premier chef, celle de se déplacer. Le Forum Vies Mobiles, think tank de la mobilité, a souhaité en évaluer les impacts sociaux, présents et futurs, sur les modes de vie des Français. 

Pour cela, il a lancé une enquête conduite en ligne du 3 au 8 avril 2020 auprès d’un échantillon de 1 500 personnes, représentatif de la population de France métropolitaine âgée de 18 à 75 ans – dont 1 052 personnes ayant participé à l’Enquête Nationale Mobilité et modes de Vie 2020, menée un an plus tôt par le Forum Vies Mobiles auprès de 13 201 personnes. Cela a permis de comparer l’évolution de leurs pratiques de mobilité habituelle avant et pendant le confinement.

À retenir :
Plus d’un Français sur deux ne sort pas de chez lui plus d’une fois par semaine (55%)
Plus d’un quart de la population active continue de se déplacer pour son travail (27%)
38% des Français déclarent avoir pris conscience que leurs déplacements pourraient être faits davantage en proximité, à pied ou à vélo !
68% des Français sont contents de pouvoir consacrer plus de temps à eux ainsi qu’à leurs proches et 44% se disent soulagés de ce ralentissement
53% des Français sont favorables à la mise en place de mesures de rationnement visant à limiter les déplacements afin de lutter contre la crise climatique, à condition que cette limitation soit équitable et ne permette pas aux plus aisés d’y déroger

QUELS IMPACTS POUR LE FUTUR ? L’ANALYSE DU FORUM VIES MOBILES

Avec près de 3 Français sur 4 strictement confinés chez eux pendant près de deux mois, la crise du Covid-19 sera une étape marquante dans la vie des Français.

L’enquête révèle que, après 3 semaines, le confinement est plus ou moins difficile à supporter en fonction de sa situation familiale, de son âge ou encore de son cadre de vie.

Vivre loin des grandes villes

Sans surprise, ce sont les habitants des grandes agglomérations et en particulier les habitants de la métropole parisienne qui souffrent le plus de la situation. Ils sont plus nombreux à vivre seuls (28% contre 11% en moyenne en France) et dans de petits appartements (28% vivent dans un deux pièces ou un studio contre 5%) et beaucoup plus nombreux à avoir aimé pouvoir s’installer ailleurs que chez eux pendant le confinement (39% contre 12%). Ils sont également plus nombreux à être dérangés par la restriction du périmètre de déplacement à respecter (53% contre 43% pour les agglomérations de moins de 20 000 habitants), ils apprécient plus que les autres la diminution de la pollution (53% contre 46%) et sont plus nombreux à vouloir déménager (38% contre 11%) après cette expérience. Conformément aux tendances démographiques[1] et aux études menées précédemment sur le sujet[2], la crise épidémique confirme ainsi le caractère problématique des cadres de vie densément peuplés et de l’agglomération parisienne en particulier, et le manque de résilience des modes de vie qu’on peut y déployer.

Une réorganisation des modes de vie et de nouvelles priorités

L’étude montre plus généralement que, les contraintes qui pèsent sur la vie des Français auront aussi été l’occasion pour eux de faire l’expérience d’une réorganisation drastique de leurs modes de vie. Ainsi, en proportion étonnamment élevée, les Français sont soulagés par le ralentissement que la situation engendre (44%), et sont contents de pouvoir consacrer plus de temps à eux-mêmes et à leurs proches (68%). Le temps récupéré sur les déplacements quotidiens qu’on ne fait plus (et dont on ne veut plus) ou du travail qu’on exerce moins (ce qui est vécu comme un soulagement pour beaucoup), permet d’en consacrer davantage à ses loisirs, mais aussi de se (ré)approprier les activités domestiques du quotidien (cuisine, bricolage, …) et de moins consommer.

Les jeunes les plus désireux de moins se déplacer

Autre fait marquant : la réaction des populations les plus jeunes. On attend souvent des jeunes qu’ils soient plus mobiles, plus flexibles, plus urbains et qu’ils aient des rythmes de vie plus intenses. On suppose non seulement que c’est nécessaire et dans leur intérêt, mais aussi qu’ils sont volontaires pour répondre à cette norme de la vie occidentale. L’enquête montre, au contraire, que ce sont les jeunes qui sont les plus désireux de moins se déplacer, de ralentir, d’occuper leur temps différemment, de se rapprocher des leurs et de vivre dans un cadre de vie en contact avec la nature.

Télétravail : un passage forcé de la théorie à la pratique qui a fait quelques adeptes

Le confinement aura également été l’occasion d’expérimenter le télétravail à temps complet, pour une part conséquente des actifs (33%), alors qu’ils n’étaient que 7% à le pratiquer avant la crise. Malgré le fait que cette expérience n’est pas toujours réalisée dans les meilleures conditions (espace de travail non adapté, enfants au domicile, etc.), la moitié des personnes concernées vit positivement l’expérience (53%), que ce soit du fait de la réduction des déplacements domicile-travail ou du fait de pouvoir organiser différemment son rythme de vie. Ces résultats suggèrent que le télétravail pourrait connaitre un essor important dans les mois et années qui suivront la crise du Covid-19. Cela d’autant plus que, on le sait, l’adoption du télétravail peut permettre de s’installer dans de nouveaux cadres de vie, car il rend plus acceptables des trajets domicile-travail plus longs, parce que moins fréquents, et permet donc de s’installer plus loin de son travail[3].

Vers une réduction des déplacements carbonés

Enfin, le confinement est l’occasion de remettre plus spécifiquement en cause la place de la mobilité dans nos modes de vie. Que ce soit pour eux-mêmes ou pour répondre aux enjeux climatiques, les Français aimeraient pouvoir réduire leurs déplacements. Après trois semaines de confinement, 38% des Français disent avoir pris conscience qu’ils pouvaient se déplacer davantage en modes actifs. La marche et le vélo semblent par ailleurs être des solutions majeures pour éviter la sur-fréquentation des transports en commun lors de la sortie du confinement.

Vivant aujourd’hui une réduction de leur mobilité inimaginable il y a encore quelques semaines, une majorité des Français (53%) se dit tout de même favorable à la mise en place de mesures de rationnement visant à limiter les déplacements afin de lutter contre la crise climatique mais à condition que cette règle soit équitable et ne permette pas aux plus aisés d’y déroger.

LES PRINCIPAUX ENSEIGNEMENTS EN CHIFFRES :  
Un confinement rigoureusement respecté Plus d’un Français sur deux ne sort pas plus d’une fois par semaine (55%). Plus encore, plus d’un Français sur cinq n’est jamais sorti de chez lui depuis le début du confinement (23%) ! : seuls 4% de la population ont changé de domicile avant le confinement mais près d’un quart des Français aurait aimé pouvoir le faire (23%).  
Des déplacements très limités pendant le confinement… sauf pour le travail !
Une réorganisation drastique des activités du quotidien Les plus âgés sont les Français qui sortent le plus régulièrement de chez eux (25% des 65-75 ans sortent au moins une fois par jour) et les plus jeunes sont ceux qui sortent le moins souvent (31% des 18-24 ans ne sont jamais sortis).33% des actifs télétravaillent, alors qu’il n’y en avait que 7% avant la crise d’après l’INSEE. Pour un actif sur 4, c’est donc une expérience nouvelle. Or, plus de la moitié des télétravailleurs apprécie cette expérience (53%).  
Le vécu du confinement : entre contraintes et opportunités  Malgré les conditions exceptionnelles de privation de liberté, 44% des Français déclarent ne pas mal vivre cette période de confinement.59% déclarent même apprécier passer plus de temps chez eux et dans leur quartier. 44% sont soulagés de ce ralentissement et 68% sont contents de pouvoir consacrer plus de temps à eux ainsi qu’à leurs proches.62% apprécient passer moins de temps dans les transports.  
L’après-confinement : une remise en question probable de modes et de cadres de vie                   
38% des Français déclarent avoir pris conscience que leurs déplacements pourraient être faits davantage en proximité, à pied ou à vélo.Pour 23% des Français, cet épisode de confinement a suscité une envie de déménager (principalement pour avoir davantage accès aux espaces extérieurs et pour vivre en plus grande proximité de la nature).Ce chiffre monte à 38% au sein de l’agglomération parisienne.Pour 18% des actifs, cet épisode de confinement leur a fait prendre conscience d’une envie de changer d’emploi (pour pouvoir davantage télétravailler, avoir un emploi plus proche de chez soi, ou plus utile pour la société).Enfin, après avoir vécu une limitation sans précédent de leurs déplacements, les Français sont tout de même majoritairement favorables à la mise en place de mesures de rationnement visant à limiter les déplacements afin de lutter contre la crise climatique, mais à condition que cette limitation soit équitable et ne permette pas aux plus aisés d’y déroger.  

[1] Rapport sur la cohésion des territoires, ANCT, 2018

[2] Enquête sur l’aspiration à quitter l’Île-de-France, Forum Vies Mobiles, 2018 ; Enquête Nationale Mobilité et Modes de Vie 2020, Forum Vies Mobiles, 2020 ; Post-Car Ile-de-France, Forum Vies Mobiles, 2019

[3] Enquête Nationale Mobilité et Modes de Vie 2020, Forum Vies Mobiles, 2020

Leave a Reply

Your email address will not be published.